Agrivoltaïsme et élevage ovin ou caprin
: quel modèle a du sens dans les Causses, les Cévennes et l'arrière-pays PACA

Sur les causses de l'Aveyron et de la Lozère, dans les vallées cévenoles ou l'arrière-pays de PACA, l'élevage ovin et caprin extensif repose sur de grands espaces pâturés à faible chargement animal. C'est précisément la configuration qui rend l'agrivoltaïsme pertinent pour ce type d'élevage, à condition de ne pas confondre un vrai projet agricole avec une centrale au sol déguisée. Voici ce que montrent les retours d'expérience disponibles en France, et comment un tel projet s'articule concrètement avec une exploitation ovine ou caprine du Sud.

Pourquoi l'élevage ovin/caprin extensif se prête particulièrement bien à l'agrivoltaïsme

Contrairement aux grandes cultures ou à l'arboriculture, où le passage des engins agricoles impose des structures surélevées ou des panneaux mobiles coûteux, le pâturage ovin ou caprin ne nécessite pas ce type de contrainte technique. Les brebis et les chèvres circulent librement sous des rangées de panneaux fixes, ce qui simplifie la conception de la structure et en réduit le coût par rapport à un projet agrivoltaïque sur cultures.

L'élevage extensif typique des causses et des zones de moyenne montagne du Sud repose en outre sur un chargement animal faible à l'hectare : de grandes surfaces pâturées pour un cheptel donné, le type de parcelle qui permet d'installer une centrale sans réduire la surface réellement utile au troupeau. Le code de l'énergie reconnaît d'ailleurs l'amélioration du bien-être animal comme l'un des quatre services que doit rendre un projet pour être qualifié d'agrivoltaïque, aux côtés de l'amélioration du potentiel agronomique, de l'adaptation au changement climatique et de la protection contre les aléas.

🐑 Le taux de couverture autorisé pour l'élevage en prairie est plafonné à 60 % de la surface agricole utile par la réglementation agrivoltaïque, contre 40 % pour les cultures. C'est le seuil le plus favorable des deux régimes, ce qui reflète la meilleure compatibilité structurelle du pâturage avec les panneaux.

Ombrage, pâturage, bien-être animal : ce que montrent les projets déjà en service

Les études de terrain publiées à ce jour en France portent essentiellement sur des troupeaux ovins suivis en dehors du Sud, mais leurs résultats donnent des indications utiles. Une étude conduite par l'INRAE, en partenariat avec Statkraft et CVE, a suivi pendant deux ans un troupeau équipé de capteurs sur le parc photovoltaïque de Bissey-sous-Cruchaud (Saône-et-Loire). Elle confirme que les brebis recherchent spontanément l'ombre des panneaux lors des journées chaudes et ensoleillées, ce qui réduit le stress thermique mesuré, sans effet négatif constaté sur leur état de santé général.

Un suivi mené depuis 2021 par un pôle régional ovin de Bourgogne, en lien avec une chambre d'agriculture départementale, va dans le même sens sur le volet fourrager : la parcelle couverte de panneaux produit un peu moins d'herbe qu'une parcelle témoin, mais la qualité du fourrage est meilleure et la production plus régulière tout au long de l'année, notamment grâce à la protection contre les épisodes de gel tardif.

Ces résultats ne remplacent pas un suivi local sur les sols et le climat des Causses, des Cévennes ou de l'arrière-pays provençal, sensiblement différents. Ils confirment cependant une tendance qui converge avec l'objectif légal d'amélioration du bien-être animal, et invitent à rester exigeant sur la conception de chaque projet plutôt qu'à se fier à un principe général. Le point de vigilance à garder en tête est celui du « projet alibi » : une centrale au sol classique habillée d'un léger pâturage ovin pour obtenir plus facilement une autorisation, sans réelle plus-value pour l'élevage. Un projet agrivoltaïque sérieux se distingue par un dimensionnement pensé avec l'éleveur dès l'origine, et non par un troupeau ajouté après coup.

Les bassins d'élevage concernés dans le Sud

Plusieurs territoires de la zone d'intervention de Phénix Solar concentrent un élevage ovin ou caprin extensif structuré autour de filières reconnues :

Ce sont des territoires où le foncier pastoral est souvent contraint (pente, pierrosité, éloignement), ce qui limite les alternatives de diversification économique pour les exploitations. C'est précisément dans ce contexte que l'agrivoltaïsme d'élevage peut avoir du sens, à condition d'être étudié parcelle par parcelle avec l'éleveur.

Compatibilité avec un hangar photovoltaïque agricole

L'agrivoltaïsme au sol n'est pas la seule manière de valoriser une exploitation d'élevage. Un hangar photovoltaïque agricole neuf peut répondre à un besoin réel de bâtiment : stabulation, bergerie, chèvrerie, stockage de fourrage ou de matériel, tout en produisant de l'électricité en toiture. C'est un projet distinct, avec ses propres modalités, mais les deux briques se combinent naturellement sur une même exploitation : le bâtiment répond au besoin d'abri et de stockage du troupeau, la centrale au sol valorise les surfaces pâturées les plus étendues.

Pour un éleveur qui a besoin d'un nouveau bâtiment d'exploitation, c'est souvent le point d'entrée le plus concret : le hangar répond à un besoin immédiat et documenté, quand le projet agrivoltaïque au sol demande une instruction plus longue et un avis conforme de la commission départementale de préservation des espaces agricoles (CDPENAF).

Comment un projet s'articule avec l'activité d'élevage existante, sans la remplacer

Le cadre légal de l'agrivoltaïsme impose que l'activité agricole demeure l'usage principal de la parcelle et que le revenu agricole moyen soit maintenu après l'installation. Une zone témoin sans panneaux est conservée pour comparer la production dans la durée, et des données de suivi sont transmises aux autorités compétentes. Dans les régions à enjeu hydrique du Sud, cette exigence de suivi mérite une attention particulière : elle engage l'exploitant sur le long terme, généralement plusieurs décennies, ce qui suppose de clarifier dès l'origine les questions de foncier, de servitudes et de conditions de démantèlement en fin de contrat.

Concrètement, un projet bien conçu commence par un diagnostic du système d'élevage en place : taille et rotation du troupeau, besoins en fourrage, accès à l'eau, contraintes de pente et de sol. La structure photovoltaïque est ensuite dimensionnée pour s'adapter à ce système, et non l'inverse. Comme pour un projet sur centrale au sol classique, le foncier peut être mobilisé via un bail emphytéotique ou une convention d'occupation adaptée à la configuration de l'exploitation, sans que l'éleveur ait à financer l'installation.

À vérifier avant de signer : trois éléments doivent figurer noir sur blanc dans le contrat : la délimitation de la zone témoin sans panneaux, l'engagement sur le maintien du revenu agricole moyen, et les conditions précises de démantèlement en fin de bail. Leur absence ou leur flou doit alerter l'éleveur.

Questions fréquentes sur l'agrivoltaïsme et l'élevage ovin/caprin

Le pâturage extensif ne demande ni structures surélevées ni passage d'engins lourds : les brebis et les chèvres circulent librement sous des panneaux fixes, ce qui simplifie la conception et réduit le coût de l'installation par rapport à un projet sur cultures. C'est aussi une activité reconnue par le code de l'énergie comme éligible au service « amélioration du bien-être animal », l'un des quatre services qui définissent un projet agrivoltaïque.

Les rares suivis disponibles en France sont encourageants : recherche spontanée de l'ombre par les brebis et réduction du stress thermique observées par l'INRAE sur le parc de Bissey-sous-Cruchaud, qualité fourragère plus régulière constatée par un pôle ovin de Bourgogne malgré un volume d'herbe légèrement réduit. Aucun de ces suivis ne porte toutefois sur les Causses, les Cévennes ou l'arrière-pays PACA : ils donnent une tendance, pas une garantie transposable telle quelle au Sud.

Il n'existe pas de seuil légal de surface minimale propre à l'élevage. En pratique, la pertinence d'un projet dépend de la disponibilité d'une parcelle pâturée d'un seul tenant suffisamment grande pour amortir les coûts d'étude et de raccordement, de la proximité d'un poste source, et de la capacité du troupeau à valoriser réellement la surface couverte dans la durée. Chaque configuration doit être étudiée au cas par cas avec l'exploitant.

Le principe de l'agrivoltaïsme est que l'activité agricole reste l'usage principal de la parcelle et que le revenu agricole moyen soit maintenu : les aides liées à cette activité (PAC, MAEC notamment) ont vocation à ne pas être remises en cause du seul fait du projet. Les règles de cumul dépendent toutefois de la nature précise de chaque aide et de la situation de l'exploitation : ce point doit systématiquement être vérifié avec la chambre d'agriculture ou la DDT(M) du département avant signature.

Oui. Pour un élevage ovin ou caprin, un hangar photovoltaïque neuf peut héberger le troupeau, le stockage de fourrage ou de matériel, tout en produisant de l'électricité en toiture. C'est un projet distinct de l'agrivoltaïsme au sol, avec ses propres modalités de financement, mais les deux peuvent parfaitement se combiner sur une même exploitation.

Non. Le cadre légal impose que l'activité agricole reste l'usage principal de la parcelle et que le revenu agricole soit maintenu, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu'au démantèlement. Un projet bien conçu s'articule avec le système d'élevage en place, il ne s'y substitue pas.

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